L'essentiel
- le gallon de diesel aux États-Unis, +70 % depuis la guerre
- 6,27 $
- premier envoi, à peine une demi-journée de consommation
- 300 000 t
- les élections de mi-mandat américaines
- 3 nov.
Le 9 octobre, après un appel d'environ une heure et demie avec Vladimir Poutine, Donald Trump a annoncé que la Russie allait livrer du diesel aux États-Unis. Dans la foulée, Washington a assoupli certaines sanctions visant Moscou. Le but : faire baisser les prix à la pompe, à quelques semaines des élections de mi-mandat.
Ce qui a été annoncé
- 300 000 tonnes de diesel livrées immédiatement, puis 500 000 tonnes en novembre et 1 million de tonnes ensuite, selon le message publié par Donald Trump.
- Une licence générale temporaire du Trésor américain (OFAC), qui suspend une partie des sanctions pour permettre ces achats.
- Aucune condition commerciale publiée : ni le prix payé à la Russie, ni le calendrier précis des livraisons. Donald Trump a même évoqué un total de 3 millions de tonnes, un chiffre qui ne colle pas avec le détail annoncé.
Pourquoi maintenant
Le diesel fait tourner les camions, les tracteurs et une partie de l'industrie : quand il flambe, tous les prix suivent. Aux États-Unis, le gallon atteint 6,27 dollars (source AAA), environ 70 % de plus qu'avant la guerre avec l'Iran. La fermeture du détroit d'Ormuz prive le monde d'une grande partie des carburants raffinés du Golfe, et les frappes ukrainiennes ont fortement réduit les capacités des raffineries russes.
Une semaine plus tôt, les pays du G7 avaient déjà débloqué 100 millions de barils de leurs réserves stratégiques, sans effet durable sur les prix. Les élections de mi-mandat du 3 novembre rendent le sujet très sensible pour la Maison-Blanche.
Un accord aux effets limités
La plupart des analystes doutent d'un effet réel à la pompe. Les 300 000 premières tonnes représentent environ 2,25 millions de barils, soit à peine plus d'une demi-journée de consommation de diesel et de fioul aux États-Unis. Le volume total annoncé couvrirait quelques jours seulement.
Surtout, la Russie manque elle-même de diesel : sa production raffinée est tombée d'environ 6,5 à 3,8 millions de barils par jour en juin, et ses exportations par bateau se sont effondrées. Quelques heures après l'annonce, l'Ukraine a frappé un terminal d'exportation de la région de Rostov. Volodymyr Zelensky a qualifié l'accord de « cadeau à Poutine ».
Pour l'Europe, qui n'achète plus de produits pétroliers russes depuis 2023, ce rapprochement crée un décalage net avec son allié américain. Nous y revenons dans notre article sur le prix des carburants en France et en Europe.
Ce que ça change pour un investisseur
Une annonce n'est pas un baril livré : sans conditions publiées ni calendrier ferme, mieux vaut attendre les livraisons réelles avant d'en tirer des conclusions.
Le problème est le raffinage, pas le pétrole brut : c'est le manque de carburants raffinés qui fait flamber le diesel. Les marges des raffineurs restent donc très élevées tant que l'offre ne se rétablit pas.
L'inflation reste le sujet central : un diesel cher pèse sur tous les prix, et donc sur les décisions des banques centrales et les taux d'intérêt. Pour le contexte pétrolier américain, voir aussi l'affaire du pétrole vénézuélien.
Ce qu'il faudra surveiller
- Les premières livraisons effectives et les conditions de paiement à la Russie.
- La durée de la licence accordée par le Trésor américain et la réaction du Congrès.
- Le prix du diesel américain d'ici aux élections du 3 novembre.
Cette actualité est partagée à titre d'information et ne constitue pas un conseil en investissement.


